Lorsque le Premier ministre présenta son programme devant le Parlement il y a un an, il suscita un engouement inédit. Son discours fut perçu non pas comme une simple déclaration d’intentions, mais comme une véritable promesse de rupture : rupture avec la complaisance envers la corruption, rupture avec les inégalités sociales, rupture avec les pratiques opaques qui avaient longtemps miné l’administration publique. L’attente était immense, proportionnelle à la profondeur des mots employés et à la confiance investie par une opinion publique avide de changement.
Nos attentes, modestes dans la forme mais immenses dans leur portée, reposaient sur des engagements fondamentaux :
- Garantir les libertés individuelles et ériger leur respect en socle de l’État de droit et de l’ouverture politique.
- Lutter contre le chômage structurel, en particulier chez les jeunes, en créant de véritables opportunités professionnelles et en bâtissant une économie résiliente.
- Réduire les inégalités et renforcer la justice sociale, en associant les populations marginalisées aux fruits des richesses nationales.
- Éradiquer la corruption et le clientélisme, qui paralysent la gouvernance et nourrissent la défiance envers l’État.
- Répondre à la flambée du coût de la vie, afin de protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
- Améliorer la qualité des services publics essentiels — eau, électricité, éducation, santé — considérés comme les marqueurs tangibles du progrès.
- Assurer la sécurité intérieure, en luttant contre les bandes criminelles et en stoppant l’expansion inquiétante des drogues, notamment dans les milieux scolaires.
- Protéger les citoyens dans les zones frontalières, souvent laissés à eux-mêmes face à l’insécurité transfrontalière.
- Refonder le système des nominations, en brisant la spirale du recyclage des élites défaillantes et en promouvant le mérite.
- Récupérer les fonds publics détournés, et les réinjecter dans des programmes à fort impact social et économique.
- Réexaminer les accords avec les puissances étrangères, y compris avec l’Union européenne, afin de rééquilibrer la balance en faveur de l’intérêt national.
- Protéger les lanceurs d’alerte, en instaurant des dispositifs solides de protection.
- Définir une politique nationale du gaz, qui ne se limite pas à l’exportation mais qui transforme cette ressource en levier de développement : baisser le prix du gaz domestique, alimenter les générateurs électriques pour réduire la facture énergétique, produire des engrais pour soutenir l’agriculture, dessaler l’eau pour répondre aux besoins croissants, et renforcer la filière minière par la valorisation du fer au sein de la SNIM.
Ces points ne représentaient pourtant qu’une fraction des engagements formulés, qui s’inscrivaient eux-mêmes dans la continuité des promesses présidentielles lors de la dernière élection. Ce chevauchement renforçait l’idée que le programme ministériel incarnait une vision nationale globale, portée au plus haut niveau de l’État.
Pourtant, un an après, l’écho des propos d’un ancien Premier ministre résonne encore, lorsqu’il reconnaissait que des forces profondes empêchaient tout véritable changement, laissant entendre l’existence de réseaux solidement établis et hostiles aux réformes. Ce constat, alimente la crainte d’un scénario de désillusion.
À cette équation complexe s’ajoute un nouvel élément : la rumeur insistante d’un remaniement ministériel, voire du remplacement pur et simple du gouvernement. Cette agitation prématurée est perçue par beaucoup comme le reflet de rivalités internes au sommet de l’État, où la quête du pouvoir et du positionnement semble parfois prendre le pas sur l’exigence de réforme.
Au terme de cette première année, le citoyen interpelle l’État avec insistance : qu’a-t-on réellement accompli ? La réforme a-t-elle commencé ou a-t-elle été étouffée par les inerties anciennes et les luttes d’influence ? La question ne concerne pas uniquement le sort d’un gouvernement, mais bien l’avenir d’un pays qui oscille entre aspiration au changement et répétition des mêmes blocages.
Ecrit par l’Ingénieur El Hadj Sidi Brahim SIDI YAHYA
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